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NUIT SOMBRE ET SACRÉE de Michael CONNELLY – critique

4ème de couverture :

Harry Bosch-Renée Ballard :

le face-à-face tant attendu

En revenant au commissariat d’Hollywood après une mission de son quart de nuit, l’inspectrice Renée Ballard tombe sur un inconnu en train de fouiller dans les meubles à dossiers. L’homme, elle l’apprend, est un certain Harry Bosch, un ancien des Homicides du LAPD qui a repris du service au commissariat de San Fernando, où il travaille sur une affaire qui le ronge depuis des années. D’abord sceptique, Ballard le chasse puis, intriguée, ouvre le dossier qu’il feuilletait… et décide de l’aider.

La mort de Daisy Clayton, une fugueuse de quinze ans kidnappée, assassinée, puis jetée dans une benne à ordures, a, c’est vrai, de quoi susciter toute son empathie et sa colère. Retrouver l’individu qui a perpétré ce crime abominable devient vite la mission commune de deux inspecteurs aux caractères bien trempés

et qui, peu commodes, ne s’en laissent pas conter par les ruses de l’un et de l’autre pour parvenir à leurs fins.

 

Si vous êtes un fan de polar, qu’importe la nationalité, ou que vous vous baladiez assez régulièrement dans le rayon policier de votre librairie préférée, vous connaissez sûrement Michael Connelly.

De même, si les fictions télévisées mettant en scène des flics coriaces mais humains sont parmi vos préférées (c’est mon cas à 100%), vous n’avez pas pu passer à côté de Bosch, diffusée sur la plateforme Amazon Prime Vidéo (et de manière plus que discutable sur France 3). Si ce n’est pas le cas, une fois que vous aurez posé votre bouquin, vous êtes vivement amené à vous jeter sur cette série dont la 6ème et avant-dernière saison sera disponible vendredi prochain.

Donc, Michael Connelly.

Ancien journaliste et chroniqueur judiciaire au Los Angeles Times, Connelly se lance en 1992 dans l’écriture de son premier roman.

Le résultat ? Les Égouts de Los Angeles. Salué par de nombreux prix prestigieux, ce polar superbement ficelé est surtout l’occasion pour les lecteurs de découvrir ce qui deviendra l’un des héros récurrents de l’oeuvre connellyienne : Hieronymus Bosch ou Harry Bosch pour la plupart des gens. Ancien du Vietnam, marqué par l’assasinat de sa mère alors qu’il n’est qu’un enfant, Bosch est un flic qui se donne corps et âme dans ses enquêtes, tentant coûte que coûte de ne pas se laisser entraîner dans les ténèbres d’affaires sordides et violentes, qui agissent comme un rappel brutal de son traumatisme d’ancien soldat.

Au fil des ans et des écrits d’une plume qui ne cessera de s’affiner et de s’affirmer comme l’une des plus percutantes de la littérature noire, Bosch sera le héros de plus d’une vingtaine de romans aussi puissants que Wonderland Avenue, Los Angeles River, Deuil Interdit ou bien encore le récent et touchant Sur un mauvais adieu.

Au fil des ans, Michael Connelly aura également construit une vie passionnante et riche à son héros de papier, faite de moments heureux et dramatiques, n’hésitant pas non plus à faire d’un autre de ses héros, apparu plus tardivement (l’avocat Mickey Haller dans l’excellent La Défense Lincoln), le demi-frère de Bosch. En 2017, Michael Connelly se lance un défi : créer une héroïne à même de conquérir le coeur des lecteurs et lectrices de par le monde accros aux écrits de l’un des maîtres US du polar.

Nous faisons ainsi connaissance avec Renée Ballard dans En attendant le jour et il faut bien reconnaître que Connelly sait y faire pour nous rendre immédiatement attachante cette jeune flic cantonnée aux rondes de nuit mais au moins aussi motivée et incorruptible que notre Bosch adoré. La question, une fois la lecture terminée, était bien entendu de savoir combien de temps il faudrait à Michael Connelly pour se faire rencontrer ces deux flics intraitables et attachés plus que tout à la vérité et à la justice…

La réponse : à peine deux ans. Dans Une nuit sombre et sacrée, Ballard et Bosch enquêtent ensemble sur le meurtre non-résolu d’une adolescente. Inutile de vous dire que je répondais présent dès le jour de la sortie !

On attendait des étincelles, on attendait un sens du récit rarement mis en défaut, on attendait… peut-être finalement trop tant le dernier opus de l’auteur américain s’avère être une relative déception. Ce qui en fait, il faut être honnête, n’est qu’une demi-surprise tant le style de Michael Connelly ne me touche plus avec la même intensité qu’auparavant.

Si les très bons Sur un mauvais adieu ou Une vérité à deux visages m’avaient permis de retrouver l’auteur que j’adorais tant lorsque l’ai découvert il y a quasiment vingt ans de cela, je n’arrivais pas à m’enlever l’idée que son écriture était devenue trop épurée, trop « à l’os », ne me faisant plus vibrer avec la même intensité que lorsque je me prenais en pleine figure la noirceur et le style incroyable de l’auteur, tout aussi rigoureux dans le déroulé de l’enquête que dans sa description précise de Los Angeles, du passé et des tourments de son héros ou de la passion de ce dernier pour le jazz… J’avais en effet en tête la déception ressentie à la lecture de Ceux qui tombent, Les Neuf Dragons ou Mariachi Plaza et malheureusement, Nuit sombre et sacrée fait de nouveau ressortir ce manque de chaleur, ce manque de coeur dans l’écriture de Connelly.

Si l’évolution de son écriture est appréciable dans la manière qu’elle a de rendre compte de manière incroyablement précise et documentée tous les rouages de la justice et des méthodes policières, renouant de fait avec ses origines journalistiques, elle empêche cependant de pleinement nous faire plonger dans l’histoire et les personnages qui la peuplent. Trop brut, trop sec… le style connellyien a peut-être gagné en efficacité mais le manque de chair de l’oeuvre est regrettable. Si on ajoute à cela l’entremêlement de plusieurs enquêtes qui ont tendance à ralentir la principale (et la plus intéressante), que reste-t-il ? Le plaisir d’un polar quand même rondement mené ? La rencontre attendue entre nos deux héros ?

Oui, pour la première question (en tenant compte des réserves précédemment évoquées) mais malheureusement non en ce qui concerne la deuxième. Il y a un flagrant manque d’alchimie entre Renée Ballard et Harry Bosch : Connelly ne tombe certes pas dans l’opposition facile « vieux sage-jeune tête brûlée » mais il ne parvient néanmoins pas à créer un véritable dialogue entre les deux flics et tâtonne à rendre leur collaboration vraiment palpitante. Peut-être aurait-il fallu laisser Renée Ballard s’affirmer un peu plus dans une enquête solo avant de l’envoyer côtoyer le grand Bosch ? On sait que l’auteur de La Défense Lincoln maîtrise les crossovers (croisement entre deux séries permettant d’étendre un univers) comme on a pu le voir dans Le Verdict du plomb ou son chef-d’oeuvre Le Poète : croisons les doigts et espérons que la prochaine enquête menée par Harry et Renée (The Night Fire est déjà sorti aux États-Unis) saura résoudre ce manque d’alchimie et de nouveau faire rugir le style flamboyant d’un des maîtres du polar !

Nuit sombre et sacrée, de Michael Connelly. Éditions Calmann-Lévy, 432 pages. Paru le 11/03/2020.

Crédits photo : éditions Calmann-Lévy

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