PREMIER SANG d’Amélie NOTHOMB – critique

4ème de couverture

« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. »

Amélie Nothomb

Comme le dit si bien Amélie Nothomb dans son 30ème roman, Premier sang, « L’enfance a cette vertu de ne pas essayer de répondre à la sotte question : « Est-ce que j’aime ? » »

L’enfance, en plus de cette éblouissante vérité trop souvent oubliée, a aussi la capacité à faire du « Et si ? » le terreau d’inventions formidables, d’ouvertures vers d’autres univers aussi réels que le nôtre et où les règles et les barrières s’abolissent avec la facilité de la conviction enfantine.

Cette conviction, Amélie Nothomb la prend une nouvelle fois à bras-le-corps pour donner, redonner vie, à la voix de son père : alors que dans Soif, c’est Jésus lui-même qui se voyait attribué le « je » de sa plume, c’est ici son propre père, disparu en mars 2020, qui hérite des mots de sa fille.

Cette absence du père, l’autrice ne peut la mettre en forme autrement qu’en disparaissant elle aussi, à la fois du récit (tout ce qui se passe dans le livre a lieu avant sa naissance) mais également en « taisant » quelque peu le cynisme ou les réflexions cinglantes dont elle a le secret : et cette pudeur est aussi vertigineuse que profondément émouvante.

Pour autant, Premier sang n’en oublie pas les espiègleries stylistiques de celle qui a fait revivre Barbe Bleue ou donné la parole au Christ donc, mais elles ont le goût d’une certaine tendresse : on rit aux tribulations de la famille Nothomb et de ses membres un peu allumés et peu portés sur la parentalité responsable ; on rit encore à l’épisode des lettres d’amour mais ce côté loufoque se pare d’une émotion sous-jacente que le rythme toujours parfait et les dialogues au diapason ne viennent pas masquer, mais au contraire porter vers la plus belle des morales, celle qui fait que la fiction peut tout.

Ici, redonner de la voix au père disparu et lui offrir l’hommage déchirant de vivre encore le temps d’un livre.

Premier sang d’Amélie Nothomb. Éditions Albin Michel. Paru le 18 août 2021.

Crédits photo et 4ème de couverture : éditions Albin Michel

3 commentaires sur “PREMIER SANG d’Amélie NOTHOMB – critique

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