SEULE EN SA DEMEURE de Cécile COULON – critique

4ème de couverture

« Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre.  » C’est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d’un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces.

Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d’oiseaux la nuit, l’emprise d’Henria la servante. Jusqu’au jour où apparaît Émeline.

Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés,  » car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles « .

C’est un album photo que l’on semble ouvrir. Un de ces albums aux pages craquelées et aux images sépia, témoignages d’une autre époque, d’autres mentalités devant lesquelles on ressent une fascination mêlée de malaise, comme si ces visages, ces paysages figés nous fixaient plus que nous ne le faisions nous-mêmes. Ce sentiment, ce frisson qui pousse à regarder derrière l’épaule, Cécile Coulon en fait une des principales composantes de son excellent nouveau roman, Seule en sa demeure.

Roman gothique, enquête, drame introspectif, l’auteure mêle avec un bonheur partagé et un talent imparable différentes influences, faisant des codes qui régissent ces genres la matière d’un habile jeu littéraire où son style nous happe, nous enveloppe, nous séduit, nous effraie. Et nous enferme.

Comme ce visage retenu captif des branches sur la superbe couverture, le lecteur se retrouve vite pris dans le piège tendu par Cécile Coulon, partageant avec son héroïne Aimée la sensation de danger, d’inquiétude qui entoure désormais ses journées. Seule dans ce nouvel espace qui laisse transparaître, d’une magnifique tournure de phrase à une autre, un sentiment de paix puis de trouble indicible. Seule face à la découverte du plaisir et des sens, ne trouvant que silence et non-dits chez son époux, la jeune femme sent la nature faire d’elle la victime d’un conte cruel, magnifique. Magnifiquement cruel quand les mots de Cécile Coulon nous percutent et viennent tutoyer la plume de Daphné du Maurier (Rebecca) ou encore les images de Paul Thomas Anderson et son époustouflant Phantom Thread.

L’âme humaine et ses tourments, la place de la femme et le questionnement sur le désir : en un peu plus de 300 pages, Cécile Coulon orchestre un récit vénéneux et d’une densité folle, rendant de manière aussi paradoxale qu’excitante la matérialité de l’inconnu, du mystère et du mensonge.

Seule en sa demeure de Cécile Coulon. Éditions L’Iconoclaste. Paru le 18 août 2021.

Crédits photo et 4ème de couverture : éditions L’Iconoclaste

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