ANÉANTIR de Michel HOUELLEBECQ – critique

Je ne sais pas à quel niveau se situe le nouveau roman de Michel Houellebecq par rapport aux précédents : c’est en effet mon premier et, avec les différents et très partagés retours qui pullulent depuis sa parution, j’ai l’impression d’entrer sur un champ de bataille sans préparation et sans connaître aucun des enjeux. Risqué ?

Je ne sais pas. Parce qu’a-t-on besoin de tout savoir d’un auteur avant de le lire ? Dois-je avoir lu tous les opus de l’oeuvre houellebecquienne pour pouvoir en parler ? Je n’espère pas.

Je ne sais donc pas tout de l’auteur de Soumission même si j’ai suivi son actualité ces dernières années et je n’ai aucun ordre d’idée quant à un quelconque classement : où se place Anéantir ? Mieux que celui d’avant ? Moins bien que les premiers ? Autant d’avis que de lecteurs. Ou comme dirait Clint : « Les avis, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un ». Ami(e)s de la poésie, bonsoir.

Que sais-je alors ?

Et bien que ce huitième roman de Houellebecq ne sera, comme le veut la formule consacré, pas le dernier. Il y a des longueurs dans ce pavé de 736 pages, des passages un peu assommants mais, et je déteste dire ça, le final (les 150 dernières pages) vient balayer toute réticence. Je déteste parce que c’est comme quand on dit qu’une série se cherche un peu et qu’elle devient bien à partir de l’épisode 14. Pas que pas que ça à faire, non ?

Attendre ?

Oui, mais ça vaut largement le coup de suivre les pérégrinations de Paul Raison, héros d’Anéantir et en proie au doute quant à la société, la politique, la religion, l’amour, le sexe. Que l’on partage ou non ses réflexions, on se reconnaitra forcément dans ses interrogations. Parce que c’est humain et que c’est justement le coeur du récit : retrouver de quoi faire battre un coeur quand tout ce qui nous entoure a trait à la mort, à la maladie, à la peur. On en est toutes et tous là, non ? #MerciDePlomberL’Ambiance

Oui, mais il y a de l’espoir. Quand quasiment toutes les pistes narratives sont abandonnées et que l’on se recentre sur soi et ce qui motive tout un chacun : l’amour. Naïf ? Non.

Surprenant pour un Houellebecq ? C’est ce que certains ont l’air de dire.

Et de lui reprocher, d’ailleurs.

C’est pourtant ce qui m’a touché dans Anéantir : déjouer les pistes pour mieux faire naître l’évidence. Quand Houellebecq parle à un moment de Matrix Revolutions (3ème volet de la saga), ce n’est pas juste une coquetterie, c’est au contraire une façon de s’amuser, comme dans les films des Wachowski, avec ce qu’attend le lecteur. Une approche méta qui prend tout son sens dans un final oubliant le technothriller auquel on pensait avoir affaire au départ… et qui rappelle totalement le propos du dernier Matrix justement. Ici, le besoin de symboles, de messages cryptiques comme indicateurs se trouvent mis de côté pour ce qui compte vraiment : l’amour.

Tout se recoupe.

Et je sais qu’on a souvent dit que Houellebecq savait comme personne décrypter notre époque, non ? 

Même lorsqu’elle ne sait pas elle-même ce qui la guide ?

Anéantir de Michel Houellebecq. Éditons Flammarion. Paru le 7 janvier 2022.

Crédits photo : éditions Flammarion

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